Documentaire sur la rousseur : face caméra avec Marie-Savine Colin

Si je n’avais pas été rousse, aurais-je été la même ? Puis-je dire que la chevelure que je cachais hier et que je déploie bien volontiers aujourd’hui a participé à mon identité ? Moi qui me suis longtemps construite dans le regard des autres, comment pourrais-je maintenant me définir ? Et toutes ces insultes, ces railleries, cette discrimination… Quels stigmates ont-elles laissés en moi ? C’est à ce questionnement et cette introspection que m’a invitée la réalisatrice Marie-Savine Colin, lors d’un entretien il y a tout juste quelques jours. Son projet ? Proposer un documentaire sur la rousseur et son impact identitaire. Une belle rencontre pour un projet en or…

« La rousseur est un sujet qui me colle à la peau. »

Comme pour beaucoup d’entre nous, être rousse ne fut pas un long fleuve tranquille pour Marie-Savine Colin. Auteure parisienne originaire de province, elle faisait partie de cette minorité encore trop souvent malmenée dans les cours d’école : « Née blonde dans une famille qui ne compte aucun roux, ma couleur de cheveux a complètement changé à la puberté. Mes camarades de collège m’appelaient « la rousse », ce que je n’assumais pas et vivais très mal. Jusqu’à la fin de mon adolescence, j’ai été dans le déni total de ma couleur de cheveux. C’était une façon de nier qui j’étais et d’entretenir le fantasme que je n’étais pas différente de ma famille. Puis, les années ont passé et les remarques se sont faites plus valorisantes. Ma chevelure, parfois qualifiée de botticellienne, attirait notamment les hommes. C’est alors qu’au travers de mes études d’Histoire de l’art, j’ai découvert l’image de la femme rousse dans la peinture. La perception que je pouvais avoir de ma couleur de cheveux a totalement changé à ce moment-là. Grâce aux tableaux, j’ai appris à m’aimer physiquement.  Est alors née en moi une soif d’accumuler les connaissances sur notre couleur de cheveux pour comprendre pourquoi les rousses fascinaient autant les artistes. J’ai évidemment lu les livres de Valérie André et Xavier Fauche mais aussi bien d’autres qui abordaient le thème de la rousseur. Mon objectif était notamment de comprendre ce qu’on projetait sur la femme rousse et pourquoi on voyait en elle à la fois une femme pure et sensuelle, inquiétante et fascinante. Puis j’ai poursuivi cette démarche en ouvrant le blog « Je veux une rousse » en 2011. Celui-ci avait pour thème la représentation de la femme rousse dans la peinture du XIXème siècle. Les différentes analyses picturales que j’ai pu y faire m’ont permis de comprendre ce qui se jouait autour de la symbolique de la rousseur, tout en y projetant mon propre univers fantasmatique. En plus d’être une façon d’écrire sur un sujet qui me passionnait, c’était en quelque sorte un travail thérapeutique. »

« Je voulais faire un document que je puisse transmettre. »

Vous l’aurez compris, Marie-Savine Colin connaît la rousseur sur le bout des doigts ! Si elle travaille maintenant avec un éditeur pour publier l’année prochaine un ouvrage sur la femme rousse dans l’art, elle a choisi en parallèle de traiter de la rousseur à travers un documentaire vidéo : « La rousseur est une couleur, c’est visuel. Mettre des roux et des rousses à l’image est désormais une évidence. À l’heure actuelle, il y a encore trop peu de documentaires nous concernant. Ceux qui existent ne me semblent pas avoir suffisamment creusé la question alors qu’il y a encore tant de choses à dire. Ce film sera finalement pour moi l’occasion de transmettre tout ce que j’ai appris. Et je crois que les roux(-sses) ont envie que l’on parle plus d’eux. Mon appel à témoignages a d’ailleurs été reçu très positivement. Ce film, qui s’appellera “Le fil roux”, aura ensuite vocation à être diffusé sur internet, de façon à pouvoir toucher le plus grand nombre. »

Rousseur et identité

La réalisatrice l’affirme, ce documentaire abordera la rousseur mais sous un angle bien précis : « D’autres, comme Xavier Fauche ou Valérie André ont déjà écrit sur ce thème. Pour ma part, je souhaite me différencier en adoptant un angle d’approche qui se veut plus personnel. Je voudrais parler de notre identité et comprendre dans quelle mesure notre couleur de cheveux a pu nous forger. Je me suis rendue compte que cette question était présente dans l’esprit de nombreux roux et je ne pense pas me tromper en disant que la grande majorité d’entre nous a subi des souffrances de jeunesse. Nous avons dû nous construire en nous sentant différents dès le plus jeune âge car la société projette beaucoup de choses sur notre couleur de cheveux. Ce regard qui prend ses racines dans l’inconscient collectif nous façonne. Bon nombre d’entre nous ont d’ailleurs une personnalité plus affirmée grâce aux combats que nous avons dû mener et aux souffrances qui ont été les nôtres. Pour ce film, je me base sur mon parcours car ma rousseur a été au cœur de nombreux événements de ma vie, qui m’ont fait avancer dans ma quête d’identité. Les grandes étapes constitutives de mon évolution ont toujours eu de près ou de loin un lien avec mes cheveux. J’ai voulu creuser la question pour savoir s’il en allait de même pour les autres personnes rousses et savoir dans quelle mesure elles se définissaient par rapport à leur pigmentation. »

Les roux, les autres et les experts

L’intérêt de ce documentaire réside dans sa transversalité. « Il s’agit pour moi de parler de la rousseur dans tous ses aspects : génétique, symbolique, historique, artistique… Mais il n’aura pas un caractère encyclopédique ! Il s’appuiera sur de nombreuses interviews où je donnerai évidemment la parole à des roux, des rousses mais aussi à ceux qui ont fait de la rousseur un objet de fantasme. Parallèlement, différents spécialistes interviendront, comme des intellectuels, des scientifiques et d’autres experts de la question rousse… Mon objectif sera de brosser un panorama de la rousseur tout en me basant sur une trame personnelle. »

Et les fausses rousses dans tout ça ?

« Je souhaiterais également interviewer des femmes qui se sont teint les cheveux en roux, non par coquetterie mais pour répondre à un besoin profond. Leur témoignage m’intéresse parce qu’elles se reconnaissent probablement dans une certaine identité associée à la rousseur. Ont-elles une personnalité forte et atypique, qui sied mieux selon elle à la couleur rousse ? Ont-elles besoin de se différencier ou de voir le regard des autres se porter sur leur chevelure ? Mon documentaire traitant de la question de l’identité, il me paraissait évident d’évoquer celles qui veulent de leur plein gré adopter une couleur aussi décriée dans l’histoire, que l’on qualifie « d’anomalie génétique ».

Un documentaire engagé pour lutter contre les préjugés sur les roux

À l’image de Pascal Sacleux dans son exposition « Ornements de rousseur », Marie-Savine Colin souhaite elle aussi porter un message et mettre en évidence les discriminations dont beaucoup de roux sont encore les cibles. « Il est essentiel que tout le monde comprenne que ces moqueries peuvent avoir des conséquences douloureuses. » Son documentaire pointera notamment du doigt l’inconscient collectif dont nous sommes tous tributaires aujourd’hui : « Il s’agira pour moi de détricoter pour expliquer. Peu de personnes connaissent l’origine de tous ces préjugés qui nous collent à la peau. Je montrerai également en quoi le cinéma et la publicité sont aujourd’hui les premiers vecteurs de tels stéréotypes. Ils nous ont certes apporté une certaine visibilité depuis une quinzaine d’années maintenant. Mais ne contribuent-ils pas à toujours alimenter certains clichés ? »

Je ne sais pas pour vous, mais moi, j’ai hâte de voir ça !

2 réflexions au sujet de “Documentaire sur la rousseur : face caméra avec Marie-Savine Colin”

  1. bonsoir
    En cherchant à comprendre le roussisme dont mon fils de 10 ans est victime , je suis tombé sur votre article … ? Que de souffrance inutile et silencieuse qui n’émerge qu’au grès d’un article de ça et de la …
    Y a t il une association de roux pour aider les enfants à comprendre cette réaction humaine si nulle ?
    On est moins bien protéger et entendu si on a la mauvaise couleur de cheveux que la couleur de peau … mais c’est la même sanction !!…

    Merci de votre écoute

    isabelle

    Envoyé de mon iPhone

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  2. Bonjour,

    Je viens de lire de plusieurs articles sur votre site et je me permets de laisser un message.
    Étant moins même roux, ou plutôt un auburn naturel très rare, j’ai pas mal morflé à l’école et au collège à cause de cette couleur de cheveux.
    « Un rouquin ça porte malheur », « Les roux sont moches », « Roukmoute » et j’en passe.
    Au lycée, les choses se sont arrangées, mais je restais marqué par les critiques. Lorsque des filles s’intéressaient à moi, je prenais la fuite car j’étais persuadé d’être un monstre repoussant.
    Pendant 10 ans, je me suis teint les cheveux en brun ou en blond pour ne plus subir les critiques.

    Puis il y a quelques temps, j’ai décidé de retrouver ma jolie couleur auburn et aujourd’hui, les femmes envient ma couleur qui selon la lumière, varie du brun au blond avec des jolies reflets cuivrés.
    Ma différence est aujourd’hui une force voir même un atout beauté. Un véritable bouleversement alors que j’étais un paria qui a passé sa vie sous le projecteur des préjugés.
    Je ne regrette pas, ou tout du moins plus, d’être né avec cette sublime couleur.
    Ce qui est rare est cher.

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