Les femmes rousses seraient des nymphomanes insatiables. Voilà un préjugé qui circule depuis des siècles. Mais d’où vient-il exactement ? Religion, littérature, science douteuse : les sources sont nombreuses. Décryptage.
Des origines religieuses très anciennes
L’association entre cheveux roux et débauche ne date pas d’hier. Dans la tradition judéo-chrétienne, la chevelure flamboyante renvoie aux flammes de l’enfer.
Lilith, figure mythologique présentée comme la première femme d’Adam avant Ève, incarne l’insoumission absolue. Rebelle, elle aurait engendré une race de créatures maléfiques avec un démon. Son image est souvent associée à la rouquine sulfureuse.
Marie-Madeleine, pécheresse repentie du Nouveau Testament, a fréquemment été représentée dans l’art sacré avec de longs cheveux roux dénoués — une caractéristique des prostituées de Palestine à l’époque. Dans les Évangiles, elle est décrite comme la femme que Jésus a délivrée de sept démons, et l’une de ses disciples jusqu’à sa mort.
Au Moyen Âge : sorcières ou prostituées
La stigmatisation se durcit au Moyen Âge. Les rousses n’ont alors que deux cases : sorcière ou prostituée.
En 1254, une ordonnance du roi Saint-Louis impose aux prostituées de se teindre les cheveux en roux. Justification officielle : la couleur des « feux de l’enfer et de la luxure », pour les distinguer des femmes dites respectables.
Ce marquage social par la couleur de cheveux illustre à quel point le préjugé était institutionnalisé, bien au-delà des simples croyances populaires.
Fin XIXe siècle : quand la science s’en mêle
À la fin du XIXe siècle, le mythe prend une nouvelle forme, prétendument scientifique. Des médecins, qualifiés de biosexistes, publient des traités affirmant que les rousses posséderaient un gène lié à la prostitution.
Ces théories pseudoscientifiques n’ont aucune base sérieuse. Elles reflètent avant tout les biais de l’époque et une tendance à biologiser les comportements sociaux.
La littérature entretient le mythe
Les grands auteurs du XIXe siècle ont largement contribué à perpétuer cette image.
- Nana, le personnage de Zola, est une courtisane aux cheveux tantôt blonds quand elle est sage, tantôt roux dès qu’elle devient femme fatale.
- Yvette, chez Maupassant, finit prostituée comme sa mère — et ses cheveux roux en sont présentés comme le signe annonciateur.
Ces représentations fictionnelles ont ancré durablement dans l’imaginaire collectif l’idée que la rousseur signale une sexualité débridée.
Une étude allemande relance le débat
Au début des années 2000, le professeur Werner Habermehl, spécialiste de la sexualité au Centre de recherche sociale de l’Université de Hambourg, publie une étude reprise par le Daily Mail.
Ses conclusions : les femmes aux cheveux roux auraient une vie sexuelle plus active que les brunes ou les blondes, avec davantage de partenaires et une fréquence plus élevée de rapports sexuels. Il note également que les conjoints de vraies rousses seraient particulièrement attachés à leur couleur de cheveux.
Cette étude a été largement relayée dans la presse grand public. Sa méthodologie reste cependant peu documentée, et ses conclusions n’ont pas fait l’objet de validation scientifique indépendante.
Un mythe, pas une réalité
Ce que ces siècles de préjugés révèlent, ce n’est pas la sexualité des rousses. C’est la manière dont une société projette ses fantasmes et ses craintes sur un trait physique visible et minoritaire.
La rousseur concerne environ 1 à 2 % de la population mondiale. Cette rareté a toujours alimenté les imaginaires — en bien comme en mal. Le mythe de la rousse nymphomane est l’un des héritages les plus tenaces de cette fascination.
Aucune donnée sérieuse ne permet d’établir un lien entre couleur de cheveux et comportement sexuel. Ce que la science confirme, en revanche, c’est que les rousses présentent des spécificités génétiques réelles — notamment une sensibilité accrue à la douleur et des besoins anesthésiques différents — mais rien qui touche à la libido.
Questions fréquentes
D’où vient le mythe selon lequel les rousses seraient plus coquines ?
Il trouve ses origines dans la tradition religieuse catholique, qui associait la couleur rousse aux flammes de l’enfer et à la luxure. Le Moyen Âge, la littérature du XIXe siècle et certaines pseudo-sciences ont ensuite renforcé ce préjugé.
Est-ce que la science confirme que les rousses ont une vie sexuelle plus active ?
Une étude du professeur Habermehl (Université de Hambourg) a avancé cette idée, relayée par le Daily Mail. Aucune étude indépendante et rigoureuse n’a validé ces conclusions à ce jour.
Pourquoi Marie-Madeleine est-elle souvent représentée rousse ?
Dans l’art sacré, les cheveux roux dénoués étaient associés aux prostituées de Palestine. Marie-Madeleine, décrite comme une pécheresse repentie, a hérité de cette iconographie dans de nombreuses œuvres religieuses.
Que dit l’ordonnance de Saint-Louis sur les rousses ?
En 1254, une ordonnance royale obligeait les prostituées à se teindre les cheveux en roux pour les distinguer des autres femmes. Cette mesure illustre la stigmatisation institutionnalisée de cette couleur de cheveux au Moyen Âge.
Lilith est-elle vraiment rousse dans les textes religieux ?
Les textes originaux ne lui attribuent pas explicitement une couleur de cheveux. L’association avec la rousseur est une interprétation artistique et culturelle ultérieure, cohérente avec la symbolique de la rébellion et du feu.
Les rousses sont-elles génétiquement différentes des autres femmes ?
Oui, sur certains points. Le gène MC1R, responsable de la pigmentation rousse, est lié à une sensibilité accrue à la douleur et à des besoins anesthésiques spécifiques. Aucune différence génétique liée à la sexualité n’a été identifiée.
Ce mythe est-il uniquement négatif pour les rousses ?
Pas forcément dans les représentations contemporaines, où il est souvent réapproprié avec humour. Historiquement, en revanche, il a servi à marginaliser et stigmatiser les femmes rousses, les assignant à des rôles de femmes fatales ou de figures immorales.