Témoignage de Sandrine (40 ans)

Née un 24 décembre j’ai longtemps cru que toutes les petites rousses et les petits roux étaient nés à Noël, quelque chose d’un peu magique, d’irréel, un monde secret que personne ne connait, comme si les gens « normaux » ne pouvaient voir que notre apparence sans se soucier de notre âme et à l’inverse les roux développant une puissance intérieure phénoménale, certes très lente à grandir mais bien réelle.

Que d’années de douleurs, de coups bas, d’insultes, de chagrins, je refaisais le monde le soir dans mon lit, revivant les événements de la journée mais en vain……ça ne servait à rien, je n’étais qu’une bonne à rien. Incapable de répliquer, de foncer dans le tas, de marcher la tête haute, ah ils ont réussi toutes ces personnes, petits et grands à me détruire.

Sandrine 2À cause d’eux je n’ai pas bien réussi à l’école, je souhaitais tellement me faire discrète. Aller au tableau? Impensable! Cela déclenchait  chez moi le rouge aux joues puis un malaise en rentrant à la maison même en primaire. Assise à ma table, mon voisin me coupait les cheveux, mon instit me surnommait le roi soleil à cause de mes longs cheveux bouclés, ma prof de gym hurlait « la rousse » tout le temps. Dès que j’étais interrogée j’avais des pertes de mémoire en voyant tous les yeux rivés sur moi, j’ai mal grandi, refoulant toutes mes envies et ne me contentant que des miettes. Les autres méritaient sans doute plus que moi de réussir. Ils ont freiné mon avenir, j’ai bien essayé de m’intégrer à des activités mais à chaque fois, insultes à répétition qui menaient à l’abandon. J’ai même coupé mes cheveux très courts afin de passer plus inaperçu, ce fut encore pire.

Leurs paroles retentissent encore parfois dans ma tête :

Il pleut, la rousse va sentir mauvais, allez-y touchez là, vous allez avoir un coup de jus!
Zora la rousse, quand elle pète ça mousse!
Je ne veux pas d’une rousse dans mon groupe!
T’es rousse de partout? On peut voir?
Quel malheur d’avoir cette couleur, tu n’as jamais pensé à te teindre les cheveux?
Si j’étais toi je me suiciderais
Que tu es moche
T’as plein de boutons, beurk! C’est sûrement contagieux
À 14 ans de la part d.hommes de 50, on essaierait bien une rouquine!
En ville à 15 ans, deux types m’ont attrapé et m’ont teint les cheveux avec des bombes de peintures.
On a voulu me donner des coups de cuter
Organisation d’un anniversaire avec les filles prout prout de la classe en primaire, découverte qu’il s’agissait d’un après-midi « dîner de con » et j’avais le rôle principal.
En 4ème on m’a baissé le pantalon en pleine cour de récréation pour voir si j’étais bien rousse de partout.

À l’adolescence je suis devenue envisageable mais en cachette, les mecs ne voulaient pas se montrer avec une rousse, trop la honte!

Enfin le mariage! Ma grand-mère :  » Tu es rousse mais tu as quand même réussi à trouver un mari! »

Depuis divorce et remariage, 2 fois j’ai réussi à me caser, quelle chance!

Une vie professionnelle à me faire bouffer par les forts caractères.

Deux beaux enfants mais qui ont des tâches de rousseur et une maman rousse, cela suffit à ce qu’ils subissent des moqueries, sans parler de l’embonpoint de mon petit gars de 13 ans, ça ne s’arrêtera donc jamais? À 40 ans toujours impuissante au harcèlement, phénomène à la mode m’a répliqué son directeur, ce n’est pas si grave! Vous devriez l’emmener chez le psy!

Avec mes petits moyens, ma mission est de lui donner confiance en lui, de lui montrer qu’il faut réaliser ses rêves, d’être combattant sans pour autant agir comme ces vipères.

A l’âge de 35 ans, électrochoc! Envie de vivre pour moi, d’aller au bout de mes envies, enfin oser me dire que je vaut autant, sinon plus que ces autres!

Sandrine 1À maintenant 40 ans, je suis une femme accomplie, plusieurs diplômes passés à l’âge adulte, un mari aimant… Nous nous sommes rencontrés sur un site dédié aux rousses :), de beaux compliments, une rage de réussir, une faculté à m’adapter à toutes les situations. Enfin je vis mes rêves et la cerise sur le gâteau, bientôt la création d’une micro-entreprise sous le nom « les éphélides ». Jolie revanche dont je suis fière!
Finalement ma revanche serait de remercier toutes ces personnes abjectes qui en me ruant de coups physiquement et moralement m’ont permis de me dépasser, de LES dépasser! Pour rien au monde je ne souhaite devenir comme elles, et ça mon petit gars l’a bien compris, du haut de ses 13 ans, il a développé un regard sur la nature humaine hallucinant! À lui de jouer maintenant, à vous de jouer les jeunes! Vous qui vous sentez à part, différents, oui vous l’êtes et c’est une chance qui vous permettra d’accomplir des choses extraordinaires, croyez en vous, serrez les dents et avancez toujours tout droit, vous ferez de mauvaises rencontres c’est inévitable, laissez les sur le bas côté, continuez d’avancer toujours et toujours jusqu’aux belles rencontres et à l’aboutissement de tous vos projets, ne vous bradez pas, vous valez mieux que ça!

6 Comments on Témoignage de Sandrine (40 ans)

  1. Camille
    mars 24, 2015 at 8:16 (3 années ago)

    Ton témoignage m’a donné plein de frissons. C’est tellement violent. Je suis rousse j’ai 19 ans et j’ai aussi connu les moqueries ( et les connait toujours de temps à autre). Mais je n’ai pas vécu autant d’horreurs… Je suis vraiment contente que tu as l’air d’aller mieux, tu es une battante ! Je te souhaite vraiment de tout mon coeur d’être heureuse. Tu le mérites. Tu as l’air d’être une femme pétillante.

    Après en ce qui concerne la rousseur malheureusement les personnes rousses sont stigmatisées quelque soit le milieu social, certaines le sont moins que d’autres… il faudrait un rassemblement de roux

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  2. Anonyme
    mars 24, 2015 at 9:05 (3 années ago)

    Magnifique témoignage !
    La rage de réussir, j’aime ça !

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  3. Gwendolyn
    mars 25, 2015 at 9:35 (3 années ago)

    Très beau témoignage, c’est très encourageant

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  4. Myrtille
    mars 25, 2015 at 4:33 (3 années ago)

    Un très beau témoignage surtout la fin. Ce qui prouve qu’on peux avoir des difficultés et rebondir. Ne jamais se décourager ! Et bravo

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  5. ANONYME
    mars 28, 2015 at 1:57 (3 années ago)

    Témoignage poignant !

    Moi,qui est blonde vénitienne et en 6e n’a jamais subi de moqueries,savait déjà que les violences existaient mais là …. WAOUH !

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  6. Wally
    juin 25, 2015 at 11:09 (2 années ago)

    pfffff … que dire? je suis sans voix? les rousses sont tellement belles, mystérieuses, magnifiques … maman de 2 belles rousses (et qui vient de comprendre combien ses filles ont souffert ou souffre de cette BELLE différence)
    belle journée à toi

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